Par Cyrille Renault, porteur du projet

L’Association Bernatère souhaite redonner vie à une vallée qui fut profondément marquée par une riche activité humaine. Il y a encore cinquante ans et au moins depuis le moyen âge, une cinquantaine de personnes vivaient et travaillaient autour de cette vallée. Cinq moulins utilisaient la force du ruisseau pour moudre le grain des fermes environnantes, créant un lieu de passage, de rencontres, d’échanges et d’activité économique.

Seul le moulin de Minvielle, où j’habite, est encore debout. Les autres ne sont plus que des ruines au milieu de la forêt. Cinq fermes ont été abandonnées et sont en train de disparaître. Les deux restantes sont habitées par deux agriculteurs retraités sans descendance ni repreneur. Ceux-ci racontent avec nostalgie la vie qui y régnait, il y a encore cinquante ans. De nombreuses terres, aujourd’hui reconquises par la forêt, étaient cultivées et pâturées. Les forêts étaient entretenues et exploitées. Les habitants s’entraidaient pour travailler, se retrouvaient le soir pour des veillées autour du feu et organisaient, dans chaque maison, de grandes fêtes notamment pour tuer le cochon. Le moulin fut un lieu de rencontre où les gens amenaient leur grain à moudre. Il m’a été décrit comme une ferme en miniature avec son potager, ses petits champs, sa vigne, des prairies pour l’âne et les volailles et un four à pain pour cuire des pains, des volailles et des gâteaux délicieux.

Par ce projet, l’association permettra de créer dans cette vallée un lieu de vie où l’homme puisse renouer une relation directe avec la nature en la contemplant, en la travaillant, en l’habitant et en la dégustant. Les activités s’organisent autour du jardinage et de la culture qui viennent ainsi modeler ce lieu. Ce jardin offrira un espace de dialogue entre l’homme et la nature, entre des espaces jardinés et domestiqués et d’autres sauvages et inexploités. Lieu de promenade et d’apprentissage, de dégustation et d’hébergement, il doit être un refuge pour l’homme et la nature, un espace d’expérimentation et de recherche d’un rapport harmonieux entre eux. Par son travail, l’homme agira sur son environnement pour en tirer sa nourriture et son habitat.

Pour rendre cette vallée fertile il faut cultiver des potagers, des vergers et créer de petits élevages. Ils permettront la confection de repas conviviaux autour desquels une vie sociale se recréera. La construction de petites cabanes, utilisant les matériaux du lieu, permettra d’expérimenter des techniques de construction écologiques et d’offrir un gîte aux personnes souhaitant se ressourcer quelque temps dans ce jardin et éventuellement participer à l’édification du lieu. Le jardin pourra accueillir des classes pour des activités d’éveil à la nature, d’éducation à l’environnement et au terroir. Basé sur l’écoute et le respect de la nature, jardiné et construit de manière expérimentale et collective, ce jardin constituera un lieu d’expériences et de dialogue avec la nature, source de savoirs et d’échange.

Un long dialogue avec ce lieu a influencé mon parcours qui se prolonge dans ce projet. Je souhaite ainsi faire partager cette expérience. Enfant il fut un lieu de vacances en famille, mais surtout d’apprentissage et de découverte : pêche, ramassage, entretien du terrain et de la maison. Après le baccalauréat, j’ai étudié le dessin ; ce lieu devint une source d’inspiration pour mon travail et m’orienta vers des études de paysage. De motif, ce lieu est devenu matière. J’y ai appris à modeler l’espace, à travailler la terre et à cultiver les plantes. Depuis quatre ans, le moulin est devenu mon lieu de résidence. J’ai travaillé comme saisonnier dans les fermes environnantes et ainsi découvert les traditions paysannes qui survivent dans le Béarn. D’autre part, ces quatre années m’ont permis de consacrer mon énergie à l’édification de ce jardin. Ce projet doit me permettre de partager ce lieu et cette expérience, en m’y consacrant pleinement comme gardien-jardinier.

A l’origine de l’Association Bernatère on retrouve des personnes qui s’intéressent au jardin, à la culture des campagnes, au terroir : des paysans, des jardiniers, des paysagistes, des charpentiers, des architectes, des artistes, des cuisiniers…

Constructions et aménagements nécessaires à la réalisation du projet

Les sentiers

Le jardin peut être divisé en plusieurs espaces permettant de répondre aux différents objectifs du projet. Ces espaces actuellement séparés par une végétation parfois impénétrable seront reliés entre eux par des sentiers qui structurent le jardin et invitent à la promenade. Certains existent plus ou moins tandis que d’autres sont entièrement à créer en débroussaillant, en fauchant et en terrassant.

Les jardins nourriciers : potagers, vergers et petits élevages

À proximité du moulin, deux jardins potagers associeront des plantes alimentaires, aromatiques et médicinales. Le premier sera situé sur les terres riches et humides du fond de vallée et l’autre sur les terrasses plus ensoleillées. Ils permettront de cultiver une grande diversité de plantes et de légumes dans des terrains adaptés à leurs besoins. Leur but est alimentaire et pédagogique. Ils permettront de montrer concrètement l’origine de notre nourriture. Les plantes cultivées seront prioritairement des variétés anciennes qui offrent l’avantage de pouvoir être ressemées. Ces variétés ont été obtenues par un très long travail de sélection et constituent un véritable patrimoine naturel et humain actuellement menacé. Elles sont issues du travail de nos ancêtres et doivent être préservées pour la diversité de saveurs, de couleurs, de textures et de formes qu’elles nous offrent. Elles permettent par leur diversité de cultiver des espèces adaptées aux conditions climatiques et au type de sol d’un lieu. Ce travail pourra être réalisé en collaboration avec des associations oeuvrant dans ce but, telles que Kokopelli, le Biau-germe ou encore la ferme Sainte-Marthe. Une serre devra être construite pour cultiver efficacement un grand nombre de variétés ; elle permettra de reproduire et de multiplier les plantes, d’étaler les semis et les récoltes, de conserver des variétés fragiles.

Les vergers se trouvent autour des potagers. Les arbres sont taillés, l’espace est fauché ou pâturé et clôturé. Ces vergers pourront être réalisés en partenariat avec le Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine qui travaille à la conservation et la promotion des anciennes variétés fruitières. Ils permettront selon les saisons la dégustation de fruits à la saveur et la beauté oubliées.

Un jardin aquatique sera créé dans les zones les plus humides du fond de la vallée. Une petite pisciculture de truites existe déjà dans ce lieu. Aujourd’hui abandonnée, elle mériterait une restauration : il faudra créer de nouveaux bassins et nettoyer et agrandir ceux qui existent déjà. Les digues nécessaires à la construction de ces bassins serviront de sentiers. Ce jardin permettra par ailleurs de cultiver des plantes aquatiques et d’élever des poissons comestibles.

Un petit élevage de volaille nécessitant la construction d’un poulailler complétera les productions alimentaires du lieu grâce aux œufs et à la viande qu’il apportera. Il permettra également de limiter certaines populations de ravageurs notamment les limaces. Acteurs et animateurs du jardin, les animaux apporteront leur aide tout en s’offrant en spectacle.

La forêt des cabanes, lieu de création, de méditation et de repos

La création et la construction de cabanes entourées de leurs jardins transformeront la forêt en un espace à la fois sauvage et domestiqué. Ces cabanes seront en interaction, en symbiose avec leur environnement. Pour leur construction, un concours pourrait être organisé avec des étudiants architectes et paysagistes. Elles devront utiliser au maximum les matériaux offerts par le site : la terre, les pierres, le bois, les branchages, les feuilles…
Ces cabanes permettront d’héberger des visiteurs et des personnes souhaitant venir simplement se ressourcer ou travailler à la construction du jardin. Elles inviteront à se promener dans cette forêt, à la découvrir, à l’observer.

Les lieux d’accueil

A l’entrée du terrain un ancien bâtiment doit être rénové pour accueillir les visiteurs. Il comportera une grande pièce servant d’espace de présentation du lieu, de documentation et d’exposition. Cette pièce pourra aussi être utilisée pour organiser des repas les jours de mauvais temps. Le bâtiment comprendra également des sanitaires, une cuisine et quelques couchages.
La pièce du moulin, où se trouvaient les meules aujourd’hui démontées, sera également utilisée pour l’accueil du public.

Les activités du jardin

Le jardinage est l’activité créatrice du lieu. Il doit dessiner le jardin en s’inspirant des propositions de la nature.

Un lieu de conservation et de multiplication des plantes

Le jardin constituera une pépinière naturelle où les plantes seront incitées à se développer et à se multiplier d’elles-mêmes. Pour développer la richesse botanique du lieu, des tentatives d’introduction et d’acclimatation de nouvelles espèces ou d’espèces disparues seront réalisées. La construction de la serre permettra de faciliter la multiplication de certaines plantes délicates. Les plantes nécessitant un travail seront vendues tandis que celles qui se multiplient seules pourront être offertes, sous forme de graines, de boutures ou de marcottes. Ces plantes auront comme caractéristique d’être adaptées aux sols et au climat locaux.

Les activités pédagogiques

Pour construire et faire vivre ce jardin, le lieu sera ouvert aux enfants. Le but sera qu’ils puissent nouer une relation avec leur environnement naturel en le jardinant et en le construisant, tout en l’écoutant et en le respectant. Les activités s’orienteront vers trois domaines principaux :
-   Les sciences de la vie et de la terre et l’éducation à l’environnement : par la découverte des plantes, de leurs spécificités, de leurs propriétés et de la manière de les cultiver ; par l’observation et l’étude des milieux forestiers, des milieux aquatiques, des prairies…
-   Les arts plastiques et appliqués, l’initiative et la créativité : par la construction de cabanes, la conception de petits jardins, la création de sculptures, animaux réels ou fantastiques, maquettes imaginaires…
-   L’histoire locale et les traditions : par l’intervention de personnes âgées, de spécialistes ou tout autre passionné qui viendront partager et transmettre leurs savoirs.

La cuisine et les repas

L’alimentation est le lien originel entre l’homme et la nature ; les jardins de Bernatère doivent recréer cette relation. Les récoltes issues du jardin permettront la préparation occasionnelle de grands repas festifs honorant cette nourriture saisonnière. La vallée redeviendra nourricière. Elle offre naturellement des champignons, des châtaignes, des pousses de bambou, des noix, des noisettes et des salades sauvages qu’il suffit de ramasser. Les potagers et les vergers apporteront une grande variété de fruits et légumes complétés par les poissons, les œufs et la volaille. La confection des repas permettra d’échanger des secrets culinaires entre convives et cuisiniers, de découvrir des saveurs nouvelles ou oubliées.

De la même manière que notre environnement se reconstruit en permanence, en fonction des hasards, des apparitions et des disparitions, la construction du jardin doit s’inspirer des possibilités infinies offertes par la nature. Les réalisations et les interventions doivent être des évidences, des réactions aux propositions faites par ce qui nous entoure, pour que l’homme puisse enrichir la nature par sa présence. Les cabanes, les sentiers, les jardins doivent permettre de révéler la poésie présente dans ce lieu, la beauté de ce qui existe déjà. Ce jardin doit sortir de terre, apparaître comme une création accueillant l’homme pour qu’il la contemple, la travaille et s’en nourrisse de manière raisonnée et harmonieuse.